ZANELLA

Hommage à la Peinture de Leon Zanella par le Dr Martine Pasquet -
Conservatrice, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Zanella, c'est l'anti- mode. " Limit provoc' ", diront les rappeurs dans la richesse de leur langage. En effet, à l'heure où les nouvelles technologies interrogent la pérennité des médiums ancestraux, Zanella dessine, peint, et use de la couleur comme cela se fait depuis des millénaires.Vive, elle éclate dans toute la pureté de ses origines, chamarrée, elle joue de la diffraction dans la richesse infinie du prisme.
Car l'intérêt ultime de la peinture de Zanella ne réside pas dans son sujet, ni dans la relation qu'il entretient avec sa Provence natale et ses champs de lavande, sa Venise du Carnaval, ou ses images rapportées d'horizons plus lointains, mais bien plutôt dans la Lumière qu'il porte en lui et qu'il laisse se répandre sur la toile. Peu importe le sujet, il est secondaire. Mille fois traité déjà, déjà mille fois réinventé. Décliné dans tous les tons, dans tous les styles, mais vide peut être de ce qui fait la qualité de Zanella : support de Lumière. Prétexte à l'éclosion et au voyage de la Lumière dans quelques formes du manifesté.
Resplendissante, elle explose à chaque coup de pinceau qui la fait irradier dans ses ondulations. Rayonnante, elle flamboie en s'étalant au milieu des blés, inondant le sillon de son éclat. Etincelante, elle illumine de son faste la soie et le velours qui s'en vont chatoyer sous les soleils d'hiver. Ecrasée sous la chaleur, bondissante et folâtre, diaprée dans l'eau qui la fait éclater en myriades d'atomes, la Lumière est le sujet de l'œuvre de Zanella. Et son œuvre est Lumière.
Le dessin, comme le sujet, traditionnel et rassurant, porteur de repères éprouvés s'impose, non par la hardiesse du trait, mais comme réceptacle de luminescence, porte ouverte au lustre de ses origines.
Zanella peint sur toile et sur porcelaine. Non sur vitrail. Mais l'impact de son travail rappelle celui des vitraux du Moyen Age : la guérison. Là encore, au delà du sujet, le vitrail, de par la combinaison de ses couleurs traversées par le soleil, régénérait les énergies de celui qui s'exposait à la lumière, parfois jusqu'à la complète rémission.
L'artiste, d'instinct, a retrouvé le sens de ce qui, en Chine, en Grèce, et en Egypte, était considéré comme une branche de la Médecine : la lumière colorée. Les Anciens savaient que, lorsqu'une onde touche la matière, son taux vibratoire s'en trouve modifié. Or les couleurs sont des ondes dont la vitesse de propagation varie et provoque, de ce fait, des modifications énergétiques porteuses de guérison ou de destruction. Depuis plus d'un siècle, nombre de médecins ont expérimenté ces procédés avec succès, le rayon laser étant l'application la plus récente de la thérapie par la lumière. De la même façon, la psychologie industrielle a parfaitement compris l'effet de la couleur et l'influence qu'elle pouvait exercer sur le comportement, et physique, et psychique.
La lumière véhicule la vie, et ce n'est pas faire injure à Zanella que de dire que celui qui contemple ses couleurs dans ses juxtapositions se nourrit de sa force vitale. Flammèches de l'énergie primordiale, elles renferment, par leur pouvoir de restructuration et de travail sur les causes du mal être, une partie des secrets de la nature.
Le vivant est riche de millions de nuances qui, toutes, témoignent des états émotionnels de l'ego. Ce que rappelle le peintre, dans les cent cinquante nuances de sa palette, c'est que tout dans le monde terrestre se sert de la couleur pour se déployer dans la puissance de sa force vibratoire, et qu'il est frappant de constater que, dans son œuvre, les associations de couleurs se succèdent selon un schéma pré-établi, tant dans la structure physique que dans la structure psychique intime de chacun organisée, elle aussi, en système solaire.
Spontanément, l'artiste a perçu la qualité des contrastes sur les énergies fondamentales de l'Homme, activant ainsi les pouvoirs agissants de l'esprit.
Tableau par tableau, il y aurait des études précises à mener sur les juxtapositions de couleurs chez Zanella et sur les actions de leurs propriétés conjuguées.
Dans la série des masques vénitiens, par exemple - sujet couru, s'il en est - les costumes et leurs associations de verts, de roses, de jaunes et de bleus, organisées autour des masques blancs, représentent, dans la mentalité collective tributaire de la pensée unique, le cliché de la fête associé à l'exotisme, au mouvement, à la dispersion, à l'éparpillement des émotions et des sensations toutes autorisées . Or, l'organisation des toiles à dominante vertes et roses met en place une tout autre magie. Secrète. Alchimique. Celle de l'apaisement et de la concentration de l'émotionnel (rose/ amour désintéressé, avec renouvellement des choses lorsque associé au rouge), dans un équilibre régénérateur ( verts ) qui autorise le retour sur soi et le repos de l'esprit dans l'infini (bleus et indigos ), avant de rayonner dans l'idéalisme sublimé (violets) pour mieux donner dans l'amour altruiste (jaunes). Depuis les origines, le masque blanc est là qui veille à la transparence des ondes qu'il propage afin de réharmoniser, par la qualité de sa vibration, les dionisyaques énergies porteuses d'auto destruction. Le contraire même du cliché et de ses instincts soi-disant libératoires.
Lorsque des physiologistes concluent à l'action bio-chimique et vibratoire de l'utilisation des longueurs d'ondes lumineuses sur les organes et certaines glandes du cerveau, l'on comprend mieux le pourquoi de la peinture de Zanella.
Regarder Zanella, c'est opérer en soi une reconstruction inconsciente, c'est recomposer sa propre intériorité. Chromothérapie spontanée ou psychothérapie sauvage, Zanella dispense, lorsqu'il répand la force solaire sur la toile, des vibrations porteuses de vie.
Et la Lumière à laquelle il puise conduit droit au cœur du Réel.

Dr Martine Pasquet - Conservatrice,
Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris